Naturisme

Une randonue dans les champs

TRAVERSER NU un champ fraîchement moissonné. Arpenter sans short ni tee-shirt un sentier de forêt. Dominer du haut d’un rocher, en homme sauvage, le sud-ouest du Gâtinais. « C’est une joie de vivre, une harmonie retrouvée », explique Jacques, vice-président de l’Association pour la promotion du naturisme en liberté (Apnel) et organisateur de la dernière « randonue » de cet été dans le Gâtinais.

Ils sont douze ce dimanche à se promener du côté de Villeneuve-sur-Auvers, dans l’Essonne. Venus d’Etréchy (Essonne) ou de Paris, de Dijon (Côte-d’Or) ou de Bruxelles (Belgique), ils ont abandonné voitures et vêtements à l’orée du bois. Après la veillée autour du feu, ils ont dormi dans une clairière, à la belle étoile. La douche portative, accrochée à un arbre, s’est prise devant les autres. Ils n’ont rencontré qu’un seul « textile », un joggeur non naturiste, en deux jours de camping. « C’est l’aventure ! » s’exclament-ils. Certainement plus que dans les centres spécialisés.

Pour le néophyte, ôter le bas impose trente secondes difficiles. Mais Alain-Michel, lunettes rondes et pieds cornés par trente ans de nudisme intégral, promet que le malaise passe vite : « On oublie même qu’on est nus ! » « C’est une libération, comme quand on retire ses chaussettes après une journée de travail , témoigne Sylvie, 44 ans, standardiste et présidente de l’Apnel . Et c’est dur de se rhabiller ensuite ! »

Les femmes restent largement minoritaires

Florence, pharmacienne, n’a pas quitté son jean et son débardeur rose. A 39 ans, elle voulait surmonter ses complexes, sans succès. Elle se force : « La prochaine fois, il faudra que j’y arrive. » A voir comme elle tient ses bras croisés sur sa poitrine, on doute qu’elle réussisse. Mi-gênée, mi-admirative, elle regarde Jacques qui grimpe à un arbre, euphorique, les pieds de chaque côté du tronc, son chapeau de paille sur la tête.

De toute façon, ce dimanche, il fait trop chaud pour sentir le souffle du vent sur la peau ; un must, paraît-il. Pas de tissu pour absorber la sueur. Les ronces griffent, les moustiques se régalent. Mais Laurent, la vingtaine, ouvre le passage dans les feuilles. « Les naturistes sont à l’écoute de l’autre », explique Sylvie. « J’ai commencé il y a deux ans, après la mort de mon mari. Ça a remplacé les anxiolytiques ! En quittant mes vêtements, je laisse tout derrière moi. »

Elles ne sont que deux femmes nues au milieu du groupe d’hommes, comme souvent dans les randonnées naturistes. « Les femmes ont plus de mal à braver la loi », explique Sylvie, « ravie » d’être en minorité. « Mes hommes me chouchoutent ! Et il n’y a pas de regard désobligeant. Pas besoin de chercher ce qu’on a sous les yeux ! Un coup d’oeil satisfait la curiosité. » « Ça s’arrête là, confirme Jacques. La sexualité est taboue ici. C’est dommage d’ailleurs, c’en devient presque ennuyeux ! »

Source Cathy Colin : www.leparisien.fr


 

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